Physiopathologie
La fracture de stress résulte d'un déséquilibre entre la charge mécanique imposée à l'os et sa capacité de remodelage. Lorsque les microtraumatismes se succèdent plus vite que l'os ne peut se réparer, une ligne de fracture progressive se constitue [1].
On distingue deux mécanismes [2] :
- Surcharge mécanique sur un os sain : augmentation trop rapide du volume ou de l'intensité d'entraînement, changement de surface ou de chaussage
- Os fragilisé soumis à des charges normales : déficit énergétique relatif (RED-S), ostéoporose, carence en vitamine D, troubles hormonaux (triade de l'athlète féminine)
Localisations et niveaux de risque
Fractures à faible risque
Métatarses 2 à 4 (sauf la base du 5e), calcanéum, péroné distal. Consolidation habituellement favorable avec 4 à 6 semaines de décharge relative [3].
Fractures à haut risque
Ces localisations présentent un risque élevé de non-consolidation ou de refracture et nécessitent une prise en charge plus prudente, parfois chirurgicale [4] :
- Os naviculaire : délai de consolidation long, risque de pseudarthrose élevé si non traité correctement
- Base du 5e métatarse (zone de Jones) : zone hypovasculaire, non-consolidation fréquente
- Face antérieure du tibia (dreaded black line) : fracture en tension, risque de fracture complète
- Sésamoïdes : très difficiles à consolider
Point clé : Une douleur localisée à la palpation précise d'un os, apparaissant ou s'aggravant à l'effort et disparaissant au repos, doit faire suspecter une fracture de stress jusqu'à preuve du contraire. La radiographie est souvent normale dans les 2–3 premières semaines : l'IRM est l'examen de référence.
Facteurs de risque biomécaniques
- Pied creux : surcharge des métatarses par réduction de la surface de contact
- Métatarse long (formule index plus) : concentration des contraintes sur M2
- Pied plat sévère : transfert de charge sur les métatarses centraux
- Chaussures usées ou insuffisamment amorties
- Transition vers le chaussage minimaliste trop rapide
- Course sur surfaces dures (bitume, carrelage)
Traitement et retour à la course
Phase aiguë (0–4 semaines)
- Arrêt complet de la course et des activités en appui
- Décharge partielle avec semelle rigide ou botte plâtrée selon la localisation et la sévérité
- Maintien de la condition physique par natation ou vélo en eau (non-portant)
Rôle des semelles orthopédiques
À la reprise progressive, les orthèses plantaires jouent un rôle préventif essentiel [5] :
- Appui rétro-métatarsien pour réduire les contraintes sur M2–M3
- Correction biomécanique du pied prédisposant (creux ou plat)
- Amortissement des forces d'impact au sol
Protocole de retour à la course
Le retour à la course suit un protocole progressif de 6 à 12 semaines selon la localisation [6,7] :
- Critères de reprise : absence de douleur à la marche rapide, IRM ou scintigraphie montrant une consolidation
- Semaine 1–2 : marche rapide 30 min alternée avec course 1 min toutes les 10 min
- Semaines 3–6 : progression de 10 % par semaine selon la règle de Nielsen et al. [8]
- Retour aux entraînements normaux au-delà de 8 semaines
Attention : Une reprise trop précoce après une fracture de stress de l'os naviculaire ou de la base du 5e métatarse peut conduire à une fracture complète nécessitant une chirurgie. Le délai de consolidation doit être vérifié par imagerie avant toute reprise.
Références scientifiques
- Pegrum J., Crisp T., Padhiar N. The pathophysiology, diagnosis, and management of foot stress fractures. Sports Health, 2024 · 16(1) : 47–56
- Nattiv A. et al. American College of Sports Medicine position stand: the female athlete triad. Medicine & Science in Sports & Exercise, 2007 · 39(10) : 1867–1882
- Arendt E., Agel J., Heikes C., Griffiths H. Stress injuries to bone in college athletes. Clinical Journal of Sport Medicine, 2003 · 13(4) : 222–228
- Boden B.P., Osbahr D.C. High-risk stress fractures. JAAOS, 2000 · 8(6) : 344–353
- Bonanno D.R. et al. Effectiveness of foot orthoses and shock-absorbing insoles for the prevention of injury. BJSM, 2017 · 51(2) : 86–96
- Diebal A.R. et al. Forefoot running improves pain and disability associated with chronic exertional compartment syndrome. Am J Sports Med, 2012 · 40(5) : 1060–1067
- Crowell H.P., Davis I.S. Gait retraining to reduce lower extremity loading in runners. Clinical Biomechanics, 2011 · 26(1) : 78–83
- Nielsen R.O. et al. Training errors and running related injuries. Int J Sports Phys Ther, 2012 · 7(1) : 58–75
- Malisoux L. et al. Spatiotemporal and GRF characteristics as risk factors for running-related injury. SJMSS, 2020 · 30(10) : 1853–1861
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