Physiopathologie
L'hyperuricémie (uricémie > 360 μmol/L) entraîne une précipitation des cristaux d'urate monosodique dans les articulations les plus froides (extrémités). La MTP1 est touchée en priorité car c'est l'articulation la plus exposée aux microtraumatismes et la plus froide du corps. Les cristaux déclenchent une réaction inflammatoire aiguë explosive (activation du complexe NLRP3, relargage d'IL-1β).
Crise aiguë goutteuse
Douleur explosive, souvent nocturne, avec rougeur, chaleur, tuméfaction maximale de la MTP1. La douleur est si intense que le contact du drap est insupportable (allodynie). La crise dure 5 à 10 jours sans traitement, 24-48h avec colchicine ou AINS adaptés.
Prise en charge podologique en crise aiguë
En phase aiguë, aucune manipulation ni pression n'est tolérée. Le podologue conseille : déchaussage total en phase aiguë, chaussures extra-larges à velcro en phase de sortie de crise, pas de semelle rigide lors de la crise. La mise en place de semelles se fait en intercrise, avec décharge de la MTP1 (évidement ou barre métatarsale), coussin de soulagement de l'hallux.
Prise en charge en intercrise — prévention des récidives
Régime pauvre en purines (abats, alcool surtout bière, fructose industriel, viandes rouges). Allopurinol ou fébuxostat pour réduire l'uricémie (objectif < 300 μmol/L). Semelles de décharge de la MTP1 pour limiter les microtraumatismes. Chaussures adaptées à toute déformation articulaire résiduelle (tophus, arthrose).
Goutte chronique et tophacée
Après des années d'hyperuricémie mal contrôlée, des tophus (dépôts sous-cutanés d'urate) se forment, notamment autour de la MTP1, au talon d'Achille et aux oreilles. Ils peuvent ulcérer. Les semelles sur mesure s'adaptent aux déformations induites par les tophus.
La goutte touche-t-elle seulement les hommes ?
Non, mais elle est 4 fois plus fréquente chez l'homme jusqu'à la ménopause (les œstrogènes favorisent l'excrétion de l'acide urique). Après la ménopause, la fréquence s'égalise.
Les semelles empêchent-elles les crises de goutte ?
Elles ne traitent pas la cause (hyperuricémie) mais réduisent les microtraumatismes de la MTP1 qui peuvent déclencher des crises. Elles sont un adjuvant utile au traitement médical.
Références scientifiques
- [1] Richette P & Bardin T. 2010 Gout. Lancet.
- [2] Martinon F et al. 2006 Gout-associated uric acid crystals activate NLRP3 inflammasome. Nature.
- [3] Neogi T. 2011 Gout. NEJM.
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