Qu'est-ce que le névrome de Morton ?
Le névrome de Morton n'est pas, à proprement parler, une tumeur : il s'agit d'une fibrose périneurale réactionnelle du nerf interdigital plantaire commun. Cette lésion résulte de microtraumatismes répétés sur le nerf, qui se trouve comprimé entre les têtes métatarsiennes lors de l'appui et de la propulsion.
L'espace intermétatarsien 3–4 est impliqué dans 60 à 70 % des cas, suivi de l'espace 2–3 (20 à 25 %). Les espaces 1–2 et 4–5 sont rarement concernés. La pathologie est bilatérale dans 10 à 15 % des cas [1].
Point clé : Le névrome de Morton n'est pas un vrai névrome au sens tumoral du terme. C'est une dégénérescence fibrotique du tissu conjonctif périnerveux secondaire à une irritation mécanique chronique.
Mécanismes biomécaniques
Compression intermétatarsienne
Lors de la phase de propulsion du pas, les têtes métatarsiennes s'écartent et se rapprochent alternativement. En cas de métatarses serrés (avant-pied étroit, chaussure à embout pointu) ou d'hyperlaxité du ligament intermétatarsien transverse, le nerf subit une compression répétée qui génère une réaction fibrotique progressive [2].
Rôle de la pronation excessive
L'hyperpronation du pied entraîne une augmentation de la charge sur les métatarses centraux et une rotation interne du membre inférieur, favorisant l'irritation du nerf interdigital. Les pieds plats et les avant-pieds valgus sont des facteurs biomécaniques prédisposants identifiés dans la littérature [3].
Facteurs aggravants
- Chaussures à embout étroit ou talons hauts (compression latérale des métatarses)
- Métatarsalgie de transfert (surcharge secondaire)
- Bursite intermétatarsienne associée
- Activités répétitives en appui avant-pied (danse, course à pied)
Symptômes cliniques
La présentation clinique du névrome de Morton est caractéristique et permet généralement le diagnostic en consultation :
- Douleur brûlante ou élancement de l'avant-pied, souvent déclenchée à la marche et soulagée au repos ou en déchaussant
- Paresthésies (fourmillements, engourdissements) irradiant vers les 3e et 4e orteils, parfois vers le 2e
- Sensation de marcher sur un caillou ou sur un corps étranger
- Douleur exacerbée par les chaussures étroites et soulagée par la pression sur l'espace intermétatarsien
Diagnostic clinique
Signe de Mulder
Le signe de Mulder est pathognomonique : la compression latérale de l'avant-pied (rapprochement des métatarses) combinée à une pression plantaire sur l'espace intermétatarsien provoque une douleur reproduisant la plainte du patient, parfois accompagnée d'un « clic » palpable [4].
Imagerie
L'échographie de l'avant-pied est l'examen de première intention : sensibilité de 79 %, spécificité de 94 % pour les névromes de plus de 5 mm. L'IRM reste l'examen de référence mais est rarement nécessaire pour les formes typiques [5].
Signe de Mulder : Douleur et parfois claquement à la compression latérale de l'avant-pied associée à une pression plantaire de l'espace intermétatarsien. Sensibilité clinique : 80–90 %.
Traitement podologique
Semelles orthopédiques : traitement de première intention
Les orthèses plantaires constituent le traitement conservateur de référence, avec un taux de succès de 60 à 80 % à 6 mois [6]. Elles agissent selon deux mécanismes complémentaires :
- Appui rétro-métatarsien (barre ou plot métatarsien) : relève le massif métatarsien et écarte les têtes, réduisant la compression périneurale
- Correction de la pronation : réduit la surcharge des métatarses centraux et la rotation interne favorisant l'irritation nerveuse
Conseils de chaussage
Le port de chaussures à embout large et suffisamment profond est indispensable. Les talons hauts (supérieurs à 3 cm) doivent être évités car ils augmentent la charge métatarsienne antérieure de 25 à 75 % selon l'hauteur [7].
Infiltrations
En cas d'échec du traitement conservateur à 3 mois, les infiltrations de corticoïdes en espace intermétatarsien constituent l'étape suivante. Leur efficacité à court terme est démontrée (60–70 % de soulagement à 3 mois), mais les récidives sont fréquentes au-delà de 6 mois [8].
Chirurgie
La neurectomie est réservée aux formes résistantes à 12–18 mois de traitement conservateur bien conduit. Le taux de satisfaction post-opératoire est de 85 à 90 %, mais un engourdissement permanent de l'espace opéré est inévitable [9].
Attention : Un névrome de Morton non traité et mal chaussé peut progresser vers une fibrose périneurale étendue rendant le traitement conservateur moins efficace. Une prise en charge précoce améliore significativement le pronostic.
Références scientifiques
- Bignotti B. et al. Ultrasound versus MRI for the diagnosis of Morton's neuroma. Skeletal Radiology, 2015 · 44(5) : 691–698
- Espinosa N. et al. Morton's neuroma: treatment with ultrasound-guided percutaneous hydrodissection. Foot & Ankle International, 2011 · 32(7) : 725–732
- Menz H.B. et al. Foot and ankle characteristics associated with foot pain in older people. JAPMA, 2011 · 101(6) : 488–496
- Mulder J.D. The causative mechanism in Morton's metatarsalgia. Journal of Bone & Joint Surgery Br, 1951 · 33B(1) : 94–95
- Zanetti M. et al. Morton neuroma and fluid in the intermetatarsal bursae on MR images of 70 asymptomatic volunteers. Radiology, 1997 · 203(2) : 516–520
- Thomson C.E. et al. Foot orthoses in the treatment of symptomatic interdigital neuroma. JAPMA, 2004 · 94(3) : 274–279
- Mandato M.G., Nester E. The effects of increasing heel height on forefoot peak pressure. JAPMA, 1999 · 89(2) : 75–80
- Lizano-Díez X. et al. Corticosteroid injection for Morton's neuroma: systematic review. Foot & Ankle International, 2017 · 38(11) : 1199–1207
- Akermark C. et al. Plantar versus dorsal incision in the treatment of primary intermetatarsal Morton's neuroma. Foot & Ankle International, 2008 · 29(2) : 136–141
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