8–15 %De la population adulte concernée
60 %Ont une cause neurologique sous-jacente
Plus de risque de fracture de stress métatarsienne

Définition et étiologie

Le pied creux est défini par un angle de voûte plantaire (angle de Clarke) supérieur à la normale. Il se caractérise par une hyperélévation de l'arche longitudinale interne, souvent associée à un équinisme métatarsien antérieur, un varus de l'arrière-pied et une griffe des orteils [1].

Il est essentiel de distinguer [2] :

  • Pied creux idiopathique (essentiel) : sans cause neurologique identifiable, souvent héréditaire, progressant lentement
  • Pied creux neurologique : secondaire à une pathologie du système nerveux périphérique ou central (maladie de Charcot-Marie-Tooth, spina bifida, séquelles de polio…). Il évolue plus rapidement et de manière asymétrique.

Point clé : Tout pied creux, en particulier asymétrique ou d'évolution rapide, doit bénéficier d'un bilan neurologique pour éliminer une pathologie du système nerveux sous-jacente.

Mécanismes biomécaniques

Réduction de la surface de contact

Le pied creux présente une surface d'appui réduite, concentrée sur le talon et les têtes métatarsiennes. Les pressions plantaires sont 2 à 3 fois supérieures à celles d'un pied normal sous les métatarses centraux et le calcanéum, expliquant les kératoses et les fractures de stress fréquentes [3].

Insuffisance d'amortissement

Contrairement au pied plat qui dispose d'un mécanisme de déroulement progressif, le pied creux rigide transmet directement les forces d'impact au membre inférieur sans amorti. Cette rigidité explique la prédisposition aux tendinopathies, aux fractures de stress et aux syndromes douloureux de la cheville et du genou [4].

Varus de l'arrière-pied

Le varus calcanéen du pied creux génère une hypersupination fonctionnelle, rendant la cheville instable en inversion. Les entorses latérales récidivantes et les tendinopathies fibulaires sont les complications les plus fréquentes de cette instabilité chronique [5].

Pathologies associées au pied creux

  • Métatarsalgies et kératoses sous les métatarses centraux et le 5e métatarse
  • Fasciite plantaire par étirement et tension excessifs du fascia rigide
  • Fractures de stress métatarsiennes (2e, 3e métatarse principalement)
  • Instabilité chronique de la cheville et entorses récidivantes
  • Orteils en griffe par déséquilibre musculaire intrinsèque/extrinsèque
  • Tendinopathies fibulaires par sollicitation excessive en supination
  • Syndrome de la bandelette ilio-tibiale par tension excessive du fascia latéral

Traitement podologique

Objectifs de l'orthèse plantaire

Contrairement aux orthèses prescrites pour le pied plat (correctives), les orthèses pour pied creux sont essentiellement accommodatives et amortissantes [6] :

  • Matériaux souples et amortissants pour réduire les pressions de contact
  • Creusement sous la voûte (pas de soutien intempestif d'une voûte déjà haute)
  • Appui rétro-métatarsien pour répartir les charges sur l'ensemble de l'avant-pied
  • Décharge calcanéenne en cas de douleur talonnière associée
  • Coin valgisant sous l'arrière-pied pour corriger le varus calcanéen et stabiliser la cheville

Conseils de chaussage

  • Chaussures à semelle épaisse et souple pour maximiser l'amortissement
  • Chaussures de running avec bon amorti (type « neutral » ou « cushioning »)
  • Éviter les chaussures minimalistes ou à semelle dure, très mal tolérées en pied creux
  • Bonne profondeur de la chaussure pour loger les orteils en griffe éventuels

Surveillance neurologique

En cas de pied creux neurologique, le suivi podologique est coordonné avec le neurologue. L'évolution de la déformation est surveillée régulièrement et l'orthèse adaptée en conséquence, avec parfois un recours à des chaussures orthopédiques sur mesure pour les formes sévères [7].

Références scientifiques

  1. Alexander I.J., Johnson K.A. Assessment and management of pes cavus in Charcot-Marie-Tooth disease. Clinical Orthopaedics and Related Research, 1989 · 246 : 273–281
  2. Brewerton D.A. et al. Idiopathic pes cavus: an investigation into its aetiology. BMJ, 1963 · 1(5328) : 659–661
  3. Burns J. et al. Effective orthotic therapy for the painful cavus foot. JAPMA, 2006 · 96(3) : 205–211
  4. Ledoux W.R., Hillstrom H.J. The influence of foot abduction on loaded plantar pressures. Foot and Ankle International, 2002 · 23(2) : 109–118
  5. Becker H.P. et al. Dynamic pedobarography in healthy adults. Journal of Biomechanics, 1997 · 30(6) : 633–638
  6. Crosbie J. et al. Foot orthoses and gait. Foot & Ankle International, 1999 · 20(7) : 405–411
  7. Wicart P. Cavus foot, from neonates to adolescents. Orthopaedics & Traumatology, 2012 · 98(7) : 813–828
  8. Bonanno D.R. et al. Foot orthoses and shock-absorbing insoles for injury prevention. BJSM, 2017 · 51(2) : 86–96
  9. Menz H.B., Morris M.E., Lord S.R. Foot and ankle characteristics associated with impaired balance. Journal of Gerontology, 2005 · 60A(12) : 1546–1552

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