Définition et épidémiologie
Le syndrome fémoro-patellaire (SFP) se caractérise par des douleurs péri- ou rétro-patellaires, aggravées lors des activités impliquant une flexion prolongée du genou (course, montée/descente des escaliers, position assise prolongée). Il représente 25 à 40 % des pathologies du genou en médecine du sport et touche préférentiellement les jeunes sportifs et les femmes [1].
La chaîne biomécanique pied–genou
Hyperpronation et rotation tibiale interne
Le lien entre pied et syndrome rotulien est bien documenté dans la littérature. L'hyperpronation du pied entraîne une rotation interne excessive du tibia lors de l'appui. Cette rotation se transmet au genou et génère un maltracking rotulien : la rotule ne suit plus son couloir physiologique et subit des contraintes anormales sur sa face cartilagineuse [2].
Valgus dynamique du genou
Associée à l'hyperpronation, la faiblesse des abducteurs et rotateurs externes de hanche favorise un valgus dynamique du genou en charge (« miserable malalignment syndrome »). Ce valgus amplifie le maltracking rotulien et explique pourquoi le renforcement de la hanche est aussi important que la correction du pied dans le traitement [3].
Angle Q et biomécanique fémoropatellaire
L'angle Q (angle entre l'axe du quadriceps et l'axe tendon rotulien) est un indicateur biomécanique clé. L'hyperpronation augmente l'angle Q fonctionnel et latéralise les forces appliquées à la rotule, favorisant les lésions cartilagineuses de la facette latérale [4].
Point clé : La correction de la pronation excessive par orthèses plantaires réduit la rotation interne tibiale et améliore le tracking rotulien — sans modifier l'anatomie du genou. C'est pourquoi les semelles orthopédiques sont efficaces dans le syndrome rotulien d'origine pronative.
Diagnostic clinique
Signes cliniques
- Douleur antérieure du genou, péri- ou rétro-patellaire, bilatérale dans 25 % des cas
- Douleur lors de la montée/descente des escaliers, de la course, de la position assise prolongée (« signe du cinéma »)
- Crépitation rétro-patellaire possible
- Signe de Clarke (douleur à la compression rotulienne avec contraction quadricipitale) — sensibilité modérée
Évaluation podologique
L'examen podologique comprend une analyse de la statique et de la dynamique du pied : mesure de l'angle de pronation, du navicular drop test (affaissement de la scaphoïde en charge), analyse de la foulée et recherche d'une faiblesse musculaire associée [5].
Traitement podologique
Efficacité des semelles orthopédiques
Plusieurs essais contrôlés randomisés démontrent l'efficacité des orthèses plantaires dans le syndrome rotulien. Collins et al. (2008) [6] ont montré une réduction significative de la douleur à 6 semaines avec des semelles préfabriquées, comparable aux orthèses sur mesure. Barton et al. (2010) [7] confirment que les orthèses améliorent la cinématique du genou en réduisant la rotation tibiale interne.
Type d'orthèse prescrite
L'orthèse est conçue pour contrôler la pronation excessive sans sur-corriger :
- Coin valgisant sous l'arrière-pied (2 à 4°)
- Soutien de la voûte longitudinale interne
- Extension sous le 1er rayon pour améliorer la stabilité médiale
Les orthèses trop rigides ou trop correctrices peuvent paradoxalement aggraver les symptômes en bloquant les mécanismes naturels d'amortissement [8].
Approche pluridisciplinaire
Le traitement optimal du syndrome rotulien associe :
- Semelles orthopédiques (correction de la pronation)
- Renforcement des abducteurs et rotateurs externes de hanche
- Renforcement du vaste médial oblique (VMO)
- Taping rotulien (McConnell) en phase aiguë
- Modification des charges d'entraînement (load management)
Attention : Le syndrome rotulien peut masquer d'autres pathologies du genou (chondropathie rotulienne sévère, syndrome de la bandelette ilio-tibiale, pathologie méniscale). Une évaluation médicale est indispensable avant de débuter un traitement podologique.
Références scientifiques
- Crossley K.M. et al. 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat. BJSM, 2016 · 50(14) : 839–843
- Barton C.J. et al. The biomechanical effects of foot orthoses during running. British Journal of Sports Medicine, 2010 · 44(6) : 420–426
- Powers C.M. The influence of altered lower-extremity kinematics on patellofemoral joint dysfunction. JOSPT, 2003 · 33(11) : 639–646
- Huberti H.H., Hayes W.C. Patellofemoral contact pressures. Journal of Bone & Joint Surgery Am, 1984 · 66(5) : 715–724
- Petersen W. et al. Patellofemoral pain syndrome. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 2014 · 22(10) : 2264–2274
- Collins N. et al. Foot orthoses and physiotherapy in the treatment of patellofemoral pain syndrome. BMJ, 2008 · 337 : a1735
- Barton C.J. et al. Foot and ankle characteristics in patellofemoral pain syndrome. JOSPT, 2010 · 40(5) : 286–296
- Vicenzino B. et al. Foot orthoses for patellofemoral pain. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2012
- Willy R.W., Davis I.S. The effect of a hip-strengthening program on mechanics during running. JOSPT, 2011 · 41(9) : 625–632
- Mølgaard C. et al. Patellofemoral pain: proximal, distal, and local factors. JOSPT, 2011 · 41(8) : 625–632
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